camilia ahbab
juillet 19, 2026
Beaucoup de dirigeants considèrent le dépôt des comptes sociaux comme une simple formalité administrative de plus. C’est pourtant une obligation prévue par le Code de commerce, assortie d’une sanction financière précise en cas de retard et pendant longtemps, d’une sanction bien plus lourde encore. Voici ce que dit la loi, et ce qu’il en coûte réellement de rater l’échéance.
Une obligation légale ancrée dans le Code de commerce
Au sens de l’article 717, alinéa 1er, du Code de commerce algérien, les « comptes sociaux » regroupent trois tableaux : le compte de résultats, l’actif et le passif. Une fois approuvés par l’assemblée générale, ces documents doivent faire l’objet d’un dépôt au Centre National du Registre du Commerce (CNRC), conformément à l’alinéa 3 du même article, comme le rappelle le Ministère du Commerce.
Ce dépôt n’a rien de facultatif : il s’inscrit dans le cadre des publicités légales obligatoires prévues par l’article 12 de la loi n° 04-08 du 14 août 2004 relative aux conditions d’exercice des activités commerciales. Son objectif est de rendre visible, pour les tiers partenaires commerciaux, banques, administrations , la situation financière réelle de l’entreprise.

Le calendrier à respecter
L’assemblée générale statuant sur les comptes doit se tenir entre le 1ᵉʳ janvier et le 30 juin de l’année suivant la clôture de l’exercice. Le dépôt au CNRC doit ensuite intervenir dans le mois qui suit cette assemblée. Une AG tenue le 12 avril impose donc un dépôt au plus tard le 12 mai ; une AG tenue à la date butoir du 30 juin repousse l’échéance de dépôt à fin juillet.
Les banques et établissements financiers disposent, eux, de six mois à compter de la clôture de l’exercice. C’est précisément ce décalage de calendrier, et la multiplicité des intervenants à coordonner (associés, commissaire aux comptes, comptable), qui expliquent la majorité des retards constatés chaque année.
Ce que vous risquez réellement en cas de retard
Le non-respect du délai légal expose l’entreprise à une amende de 30 000 à 300 000 DA, prévue par l’article 35, alinéa 1er, de la loi n° 04-08, modifiée par la loi n° 13-06 du 23 juillet 2013, pour défaut de publicité des mentions légales visées aux articles 11, 12 et 14. Dès l’expiration du délai, le CNRC transmet aux services de contrôle du Ministère du Commerce la liste des sociétés défaillantes, comme l’indique le Ministère du Commerce.

Une entreprise en retard n’est pas pour autant dans une impasse : elle peut régulariser sa situation en présentant le justificatif de paiement de l’amende transactionnelle, ou de l’amende prononcée par un juge, conformément à l’article 35 ter de la loi n° 13-06.
La fin d’un risque majeur pour les entreprises
Jusqu’en 2020, le défaut de dépôt des comptes sociaux exposait à une sanction bien plus lourde que la seule amende : l’inscription au fichier national des fraudeurs, précisé par le décret exécutif n° 13-84 du 6 février 2013. Selon l’analyse de Legal Doctrine, cette inscription entraînait l’exclusion des avantages fiscaux et douaniers liés à l’investissement, des marchés publics et des opérations de commerce extérieur au point de provoquer, dans les faits, une quasi-paralysie de l’entreprise pour un simple oubli administratif.
L’article 74 de la loi de finances pour 2021 a mis fin à cette automaticité : le fichier national des fraudeurs ne fait plus référence, depuis cette réforme, au défaut de dépôt légal des comptes sociaux.
| Avant la réforme de 2021 | Depuis la réforme de 2021 | |
| Amende de base | 30 000 à 300 000 DA | 30 000 à 300 000 DA (inchangée) |
| Fichier national des fraudeurs | Inscription automatique en cas de non-dépôt | Le non-dépôt n’y figure plus |
| Conséquences de l’inscription | Exclusion des avantages fiscaux/douaniers, des marchés publics, du commerce extérieur | Sans objet pour ce motif |
| Régularisation | Procédure lourde, plusieurs administrations impliquées | Amende transactionnelle (art. 35 ter, loi 13-06) |
Des conséquences qui dépassent la seule amende
Même sans inscription automatique sur un fichier national des fraudeurs, le retard de dépôt reste visible par tous. Le portail Sidjilcom du CNRC propose en effet un service de vérification public et gratuit qui permet de connaître la situation d’une société vis-à-vis du dépôt légal de ses comptes.
En quelques clics, une banque, un fournisseur ou un futur partenaire peut vérifier si votre entreprise est à jour de ses obligations réglementaires. Une société en défaut s’expose donc à voir sa crédibilité et sa solvabilité questionnées lors d’un appel d’offres, d’une demande de financement ou d’une négociation commerciale importante, indépendamment de toute sanction administrative formelle.
À ne pas confondre non plus avec la déclaration fiscale annuelle des résultats déposée auprès de la DGI : son propre défaut expose à une imposition d’office et une majoration de la cotisation (article 192-1 du CIDTA), la loi offre une incitation à réagir vite. Si l’entreprise dépose sa déclaration dans les trente jours qui suivent la réception d’une mise en demeure, la pénalité finale est réduite pour ne représenter qu’un cinquième de l’impôt initial une sanction distincte de celle liée au dépôt des comptes sociaux au CNRC.
Comment éviter tout risque de retard
- clôturez vos états financiers dès que possible après la fin de l’exercice, sans attendre les dernières semaines avant le 30 juin ;
- fixez la date de l’assemblée générale en coordination avec le commissaire aux comptes et le comptable dès le début de l’année ;
- préparez les tableaux (compte de résultats, actif, passif) en arabe et en français à l’avance, avec cachet et signatures ;
- privilégiez le dépôt en ligne via Sidjilcom, plus rapide et moins coûteux que la procédure papier.
Une comptabilité à jour tout au long de l’année, conforme au SCF, évite le rush de dernière minute au moment de préparer le bilan c’est l’un des bénéfices concrets qu’apporte Fatoura au quotidien.
Conclusion
Le dépôt des comptes sociaux au CNRC reste une obligation stricte, assortie d’une amende claire en cas de retard. La bonne nouvelle, c’est que la réglementation a évolué vers plus de proportionnalité depuis 2021 : un simple retard n’entraîne plus les conséquences en cascade qu’il pouvait provoquer auparavant. Cela ne dispense pas pour autant de respecter les délais : mieux vaut anticiper que régulariser.
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