camilia ahbab
juillet 21, 2026
Vous tenez la comptabilité d’une entreprise en Algérie et une question revient sans cesse : faut-il appliquer le SCF ou les normes IFRS ? Beaucoup de gérants, de comptables et même d’étudiants confondent les deux, alors qu’une seule de ces règles s’impose légalement à vous. Se tromper, c’est risquer des états financiers non conformes, un rejet de la liasse fiscale et des retraitements coûteux.
Ce blog vous explique, simplement, la différence entre le Système Comptable Financier (SCF) et les IFRS, ce que dit précisément le Journal Officiel, et ce qui change concrètement pour votre entreprise en 2026.
SCF et IFRS : définitions et périmètre d’application
Le SCF (Système Comptable Financier):
est le référentiel comptable obligatoire en Algérie. Il fixe le plan de comptes, les règles d’évaluation, de comptabilisation et de présentation des états financiers pour toutes les entités astreintes à tenir une comptabilité commerciale.
Les IFRS (International Financial Reporting Standards):
sont un ensemble de normes comptables internationales élaborées par l’IASB. Elles visent avant tout à produire une information financière homogène et comparable pour les investisseurs, notamment les sociétés cotées en bourse à l’échelle mondiale.
Le point clé à retenir : le SCF s’inspire largement des IAS/IFRS, mais ce n’est pas la même chose. L’Algérie a choisi de bâtir son propre référentiel local, aligné sur la philosophie des IFRS, tout en conservant des règles nationales spécifiques.
Le cadre réglementaire du SCF selon le Journal Officiel
Contrairement à une idée reçue, le SCF n’est pas une simple recommandation : c’est un dispositif légal, encadré par des textes officiels précis.
- Loi n° 07-11 du 25 novembre 2007 portant Système Comptable Financier (Journal Officiel n° 74). C’est le texte fondateur. Il définit le champ d’application (article 4), pose le principe de la prééminence de la réalité économique sur l’apparence juridique (article 6) et institue le cadre conceptuel de la comptabilité financière (article 7). Son article 42 abroge l’ancien Plan Comptable National (PCN) issu de l’ordonnance n° 75-35 du 29 avril 1975.
- Décret exécutif n° 08-156 du 26 mai 2008 portant application des dispositions de la loi 07-11 (Journal Officiel n° 27 du 28 mai 2008).
- Arrêté du 26 juillet 2008 fixant les règles d’évaluation et de comptabilisation, le contenu et la présentation des états financiers, ainsi que la nomenclature et les règles de fonctionnement des comptes (publié au Journal Officiel n° 19 du 25 mars 2009).
Le SCF est entré en vigueur le 1er janvier 2010 et s’applique à l’ensemble des entités publiques et privées tenues à une comptabilité commerciale y compris les banques et les compagnies d’assurances. En clair : si votre entreprise établit un bilan en Algérie, c’est le SCF qui s’applique, pas directement les IFRS. Pour un panorama officiel du dispositif, le Ministère des Finances présente le SCF et ses objectifs de convergence vers les IFRS.
Tableau comparatif : SCF vs IFRS
| Critère | SCF (Algérie) | IFRS |
| Statut | Obligatoire pour toutes les entités astreintes à la comptabilité commerciale | Obligatoires surtout pour les sociétés cotées, selon les juridictions |
| Base légale | Loi 07-11, décret 08-156, arrêté du 26 juillet 2008 | Normes IASB, sans force de loi propre en Algérie |
| Plan de comptes | Nomenclature nationale imposée à respecter | Aucun plan de comptes obligatoire |
| Objectif principal | Cadre comptable et fiscal des entreprises et commerçants | Information financière destinée aux investisseurs |
| Juste valeur | Usage limité (absence de marché financier actif) | Recours large à la juste valeur (dont IFRS 13) |
| Normes récentes | IFRS 9 à 17 non intégralement transposées | Intégrées et mises à jour en continu |
| Priorité | Fond économique, mais fort ancrage sur les pièces justificatives | Prééminence du fond sur la forme |
Les principales divergences entre le SCF et les IFRS
1. Un plan de comptes normalisé et obligatoire
C’est la différence la plus visible au quotidien. Le SCF impose une nomenclature des comptes que toutes les entités concernées doivent respecter. Les IFRS, elles, n’imposent aucun plan de comptes : chaque entreprise organise ses comptes librement, tant que l’information financière reste fidèle. Ce plan de comptes s’impose à toutes les entités relevant du champ d’application fixé par l’article 4 de la loi 07-11.
2. Une application limitée de la juste valeur
Les IFRS reposent largement sur l’évaluation à la juste valeur. En Algérie, l’absence de marché financier actif rend cette approche difficile à appliquer. Résultat : le SCF privilégie souvent le coût historique (par exemple pour les participations) et n’a pas repris les apports d’IFRS 13 sur l’évaluation à la juste valeur.
3. Des normes IFRS récentes non transposées
Le SCF s’est inspiré des IAS/IFRS telles qu’elles existaient au moment de sa conception. Depuis, plusieurs normes majeures ont vu le jour instruments financiers (IFRS 9), consolidation, reconnaissance des revenus, contrats de location (IFRS 16), contrats d’assurance (IFRS 17) et ne sont pas intégralement reprises dans le référentiel algérien. C’est l’une des raisons pour lesquelles une révision du SCF est régulièrement évoquée.
4. Un traitement différent du goodwill
Le SCF et les IFRS reconnaissent tous deux l’écart d’acquisition (goodwill), mais leurs méthodes divergent. Le SCF encadre notamment le goodwill selon son origine, là où les IFRS ont fait évoluer en profondeur les règles de comptabilisation, en particulier depuis IFRS 3.
5. Substance économique et forme juridique
Les IFRS retiennent avant tout la substance économique des opérations. Le SCF pose le même principe (article 6), mais accorde en pratique un poids important à la forme des pièces et documents comptables dans le traitement des écritures. Une facture doit être rattachée à la bonne période, justifiée, et toute correction doit laisser une trace.
Évolutions 2026 : ce que les entreprises algériennes doivent anticiper
En 2026, le SCF reste le référentiel comptable obligatoire : aucune bascule vers les IFRS n’est prévue pour l’ensemble des entreprises. En revanche, l’environnement autour de la comptabilité continue de se digitaliser.
La Loi n° 25-17 de Finances pour 2026 poursuit la modernisation fiscale engagée ces dernières années. Pour de nombreux contribuables relevant du régime réel ou simplifié et rattachés au système d’information Jibayatic, la souscription en ligne des déclarations fiscales devient obligatoire, avec possibilité de paiement par voie électronique. La déclaration des salaires doit également mentionner le Numéro d’Identification National (NIN) de chaque salarié.

La conséquence est concrète : votre comptabilité SCF doit être irréprochable et bien documentée, car elle alimente directement des déclarations désormais dématérialisées et davantage contrôlées. Une facture mal rattachée, une pièce manquante ou un plan de comptes mal construit se paient plus cher quand tout passe au numérique.
SCF vs IFRS : les réponses aux questions les plus fréquentes
Mon entreprise doit-elle appliquer le SCF ou les IFRS ?
Le SCF. C’est le référentiel obligatoire pour toutes les entités astreintes à la comptabilité commerciale en Algérie, en application de la loi 07-11.
Le SCF est-il conforme aux IFRS ?
Il s’en inspire fortement, mais il ne les reprend pas toutes. Plusieurs normes IFRS récentes (IFRS 9, 16, 17…) ne sont pas intégralement transposées.
Une société algérienne peut-elle publier des comptes en IFRS ?
Oui, généralement en complément et non en remplacement du SCF, par exemple pour les besoins d’un groupe international. Les comptes officiels restent établis selon le SCF.
Le SCF va-t-il être révisé ?
Une révision est régulièrement évoquée pour intégrer les évolutions récentes des IFRS, mais à ce jour le SCF issu de la loi 07-11 demeure le cadre en vigueur.
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Comprendre le SCF, c’est bien. L’appliquer sans erreur au quotidien, c’est mieux. En 2026, avec des déclarations de plus en plus dématérialisées, chaque facture doit être propre, traçable et rattachée à la bonne période.
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