Camelia AHBAB
août 4, 2026
Produit périmé, prix affiché non respecté, publicité trompeuse, garantie refusée, service après-vente inexistant… En Algérie, le consommateur n’est pas démuni face à ces situations. Un dispositif complet d’autorités de contrôle existe, encadré par la loi n° 09-03 relative à la protection du consommateur et à la répression des fraudes.
Encore faut-il savoir à qui s’adresser, comment formuler sa demande et à quoi s’attendre.
Le champ d’intervention des autorités de contrôle couvre trois grands domaines :
- La sécurité et la santé des consommateurs : innocuité des denrées alimentaires, hygiène et salubrité des locaux, conditions de conservation et de transport.
- La sécurité et la conformité des produits et services : produits non conformes aux normes, absence de contrôle préalable de conformité, défaut d’étiquetage, garantie non exécutée, refus de service après-vente.
- Les pratiques commerciales et les prix : soldes et ventes promotionnelles irrégulières, publicité trompeuse, défaut d’affichage des prix, pratiques commerciales déloyales, refus de vente, absence de facture.
En résumé : dès qu’un professionnel enfreint une règle protégeant le consommateur ou encadrant la transparence des transactions, l’administration est compétente.
À qui s’adresser en cas de litige ?
Deux interlocuteurs sont possibles.
Le président de l’APC
Le président de l’Assemblée populaire communale (APC) a la qualité d’officier de police judiciaire. Vous pouvez donc toujours le saisir : il peut constater l’infraction et transmettre.
La Direction de wilaya du commerce (DCP)
Dans la pratique, le réflexe le plus logique reste de saisir la Direction du commerce et des prix (DCP) de la wilaya sur le territoire de laquelle les faits ont été commis.
Pourquoi ? Parce qu’elle est compétente pour la quasi-totalité des infractions relatives à la protection du consommateur. Et si le dossier relève d’une administration plus spécialisée un bureau d’hygiène communal, les services vétérinaires, l’inspection du travail la Direction du commerce vous orientera vers elle ou transmettra directement le dossier. Vous ne perdez donc jamais votre démarche.
Comment déposer une plainte ?
La procédure est volontairement simple et gratuite. La Direction de wilaya du commerce peut être saisie sur simple requête : vous adressez un courrier simple exposant votre doléance.
Pour maximiser vos chances, votre courrier doit relater les faits avec précision. Pensez à y faire figurer :
- Vos coordonnées complètes (nom, adresse, téléphone) ;
- L’identification exacte du commerçant ou de l’établissement : raison sociale, adresse, numéro du registre de commerce si vous l’avez ;
- La date, le lieu et le déroulement précis des faits ;
- La nature du produit ou du service concerné ;
- L’objet clair de votre demande ;
- Les pièces justificatives : facture, ticket de caisse, bon de garantie, photos du produit, emballage, échanges écrits.
Que se passe-t-il après votre requête ?
La Direction de wilaya du commerce réagit dès réception du courrier. Elle examine votre requête pour :
- Déterminer la nature des faits dénoncés ;
- Vérifier qu’il s’agit bien d’une infraction à la loi ;
- Étudier le bien-fondé de votre demande.
Elle peut ensuite diligenter une enquête, confiée selon les cas à une brigade d’agents de la répression des fraudes ou à une brigade de la concurrence et des enquêtes économiques.
À l’issue de l’enquête, si la requête est fondée et l’infraction établie, l’administration adopte l’une des démarches suivantes.
1. Les mesures préventives
La Direction de wilaya du commerce, comme les officiers de police judiciaire et les agents spécialisés, peut intervenir de façon préventive pour éviter des dommages et stopper la commercialisation de produits non conformes ou dangereux :
- Refus temporaire d’admission aux frontières ;
- Consignation des produits non conformes jusqu’à leur mise en conformité ;
- Saisie ;
- Retrait temporaire ou définitif de la mise à la consommation du produit ;
- Destruction des produits non conformes ;
- Suspension temporaire ou définitive de l’activité du contrevenant.

Quelles conséquences en cas de retrait d’un produit ?
En cas de retrait définitif, le professionnel doit procéder, à ses frais, au rappel du produit incriminé de tous les lieux où il se trouve. Parallèlement, les services chargés de la protection du consommateur et de la répression des fraudes informent le public par tout moyen approprié.
2. Les mesures répressives
Trois cas de figure doivent être distingués.
Cas n° 1 — L’amende transactionnelle
Lorsque l’infraction n’a entraîné ni dommage corporel (maladie, accident…) ni dommage matériel (perte financière, produit inutilisable…) et qu’elle n’est pas passible d’une peine de prison, l’administration peut infliger une amende transactionnelle, dont la loi fixe le montant :
| Infraction | Montant (DA) |
|---|---|
| Défaut d’innocuité des denrées alimentaires | 300 000 |
| Défaut de sécurité | 300 000 |
| Défaut de contrôle préalable de conformité | 300 000 |
| Défaut de garantie ou d’exécution de la garantie | 300 000 |
| Défaut d’hygiène et de salubrité | 200 000 |
| Défaut d’étiquetage du produit | 200 000 |
| Défaut d’essai du produit | 50 000 |
| Refus d’exécution du service après-vente | 10 % du prix du produit |
Deux règles importantes :
- Délai de paiement : 45 jours à compter de la réception de l’avertissement. Passé ce délai sans paiement, la DCP transmet le dossier au juge compétent.
- Cumul des amendes : en cas d’infractions multiples, les amendes se cumulent. Et si une seule de ces infractions n’autorise pas la transaction, la DCP ne peut infliger aucune amende transactionnelle : elle transfère l’intégralité du dossier au tribunal.
Cas n° 2 — La transmission obligatoire à la justice
Si l’infraction est grave, passible d’une peine plus sévère qu’une simple amende, et/ou si elle vous a causé un dommage corporel ou matériel, la Direction de wilaya du commerce doit impérativement transmettre le dossier à la justice. La transaction n’est plus possible.
Cas n° 3 — Il n’y a pas d’infraction : un litige purement civil
C’est le cas lorsque vous subissez un dommage parce que le commerçant n’a pas rempli sa part du contrat sans pour autant enfreindre la loi : un bien non livré dans les délais, par exemple.
Ici, l’administration n’est pas compétente. Elle peut, le cas échéant, exercer une pression amiable sur le commerçant, mais il vous appartiendra de régler le litige vous-même :
- En vous faisant assister par une association de protection des consommateurs ;
- En saisissant le tribunal compétent si le dommage est important.
Ce qu’il faut retenir
- La Direction de wilaya du commerce (DCP) est votre interlocuteur principal ; le président de l’APC, officier de police judiciaire, reste une alternative.
- La saisine se fait par simple courrier, gratuitement, auprès de la wilaya où les faits ont été commis.
- L’administration peut prévenir (saisie, retrait, rappel, suspension d’activité) et sanctionner (amende transactionnelle ou renvoi devant le juge).
- Un litige sans infraction relève du droit civil : associations de consommateurs et tribunal.
- Côté professionnel, la meilleure protection reste la conformité au quotidien : étiquetage correct, affichage des prix, facturation régulière, garantie et SAV assurés.
Pour les commerçants et auto-entrepreneurs, ces règles rappellent une évidence : la rigueur documentaire n’est pas une contrainte administrative, c’est un bouclier. Une facturation conforme, des mentions légales complètes et un historique de transactions traçable constituent votre première ligne de défense en cas de contrôle ou de litige.
