Camelia Ahbab
septembre 9, 2026
Depuis le 9 juillet 2026, date d’entrée en vigueur en Algérie de la convention de La Haye du 5 octobre 1961 supprimant l’exigence de légalisation des actes publics étrangers, le régime de circulation internationale des documents algériens repose sur deux procédures distinctes : l’apostille, certificat unique reconnu par l’ensemble des États parties, et la légalisation classique, maintenue pour tout ce que l’apostille ne couvre pas.

Pour une entreprise, la distinction n’est pas théorique. Elle détermine le circuit à suivre, le coût du dossier et le délai avant de pouvoir produire des statuts devant un partenaire étranger, un extrait du registre de commerce devant une banque ou un casier judiciaire dans un appel d’offres international.
1. Trois notions à ne pas confondre
| Procédure | Autorité | Portée |
|---|---|---|
| Certification conforme / légalisation de signature | APC ou notaire | Territoire national uniquement |
| Légalisation classique | Ministère émetteur, puis ministère des Affaires étrangères, puis représentation diplomatique du pays destinataire | International, par chaîne d’authentifications successives |
| Apostille | Autorité compétente du secteur émetteur | International, certificat unique valable dans tous les États parties à la convention de La Haye |
L’apostille n’authentifie pas le contenu d’un document mais la qualité du signataire et l’authenticité du sceau ou du timbre qu’il porte. Elle se substitue à l’intégralité de la chaîne consulaire.
2. Le régime de l’apostille
L’Algérie a déposé son instrument d’adhésion le 5 novembre 2025. La convention est entrée en vigueur à son égard le 9 juillet 2026, portant à près de 130 le nombre d’États parties, dont la France, la Belgique, l’Italie, l’Espagne, le Canada, les États-Unis, la Turquie et la Chine.
2.1 Champ d’application
Dans sa phase actuelle, l’apostille couvre les actes publics délivrés par cinq secteurs ministériels :
| Secteur émetteur | Documents concernés (exemples) |
|---|---|
| Intérieur, Collectivités locales et Transports | Actes d’état civil, certificats de résidence, documents des APC et des wilayas |
| Justice | Actes notariés, casier judiciaire, décisions de justice, actes d’huissier |
| Enseignement supérieur et Recherche scientifique | Diplômes universitaires, relevés de notes, attestations de scolarité |
| Éducation nationale | Baccalauréat, BEM, attestations scolaires |
| Formation et Enseignement professionnels | Diplômes et attestations de formation professionnelle |
Tout acte émanant d’un autre département ministériel demeure soumis à la procédure classique.
2.2 Droit de timbre
Le droit de timbre est fixé à 1 500 DA par certificat d’apostille. En cas de perte, de vol ou de détérioration, un duplicata est délivré par l’organisme émetteur contre un droit réduit de 600 DA.
Le droit s’acquitte auprès du receveur des impôts ou du responsable d’un établissement postal, contre remise d’une vignette autocollante sécurisée valant à la fois preuve de paiement et support du certificat.
Le tarif s’applique par document, non par dossier : un dossier de dix pièces représente 15 000 DA de droits de timbre, montant à intégrer au budget d’un dossier d’export ou de soumission.
2.3 Procédure
- Acquisition de la vignette auprès d’une recette des impôts ou d’un bureau d’Algérie Poste, sur l’ensemble du territoire national.
- Dépôt de la demande sur la plateforme nationale apostille.gov.dz, après création d’un compte à partir du numéro d’identification national. La demande peut également être déposée directement auprès des services compétents des ministères concernés.
- Apposition du certificat sur chaque document, sans y porter la moindre mention manuscrite et sans retirer la bande adhésive de protection.
Le certificat est établi selon un modèle bilingue arabe-anglais, doté de dispositifs de sécurité conçus avec la Banque d’Algérie et vérifiable en ligne par les autorités étrangères. Cette vérification directe réduit sensiblement le risque de contestation d’authenticité à l’étranger.
3. Les cas relevant encore de la légalisation classique
Trois situations échappent au régime de l’apostille.
Les actes émis par les autres administrations. Extrait du registre de commerce
(CNRC), extrait de rôle et attestations fiscales (DGI), attestations CNAS
et CASNOS , documents des ministères du Commerce, de la Santé, du Travail ou de l’Agriculture. Le circuit reste : légalisation préalable par l’administration émettrice, puis légalisation par le service de l’état civil du ministère des Affaires étrangères.
Les États ayant émis une objection à l’adhésion de l’Algérie. La convention autorise un État partie à s’opposer à l’accession d’un nouveau membre ; entre les deux États concernés, l’apostille ne produit alors aucun effet et la légalisation consulaire demeure applicable. Le statut du pays destinataire doit donc être vérifié avant l’engagement de la procédure. Le ministère des Affaires étrangères met à disposition un simulateur en ligne indiquant, en fonction du type de document et du pays de destination, la procédure applicable.
Les documents destinés à la France. En application du protocole judiciaire franco-algérien de 1962, les documents algériens destinés à la France sont dispensés de légalisation. Cette dispense reste en vigueur : l’apostille n’y est en principe pas requise. En présence d’une exigence contraire formulée par un organisme français, il est prudent de la faire confirmer par écrit avant d’engager des frais.
4. Le service T@SDIK
Pour les documents relevant de la légalisation classique, le ministère des Affaires étrangères et Algérie Poste ont mis en place le service T@SDIK, qui dispense du déplacement au siège du ministère.
Conditions préalables. Les documents doivent être lisibles, en bon état et déjà légalisés par le ministère ou l’organisme émetteur. Un timbre fiscal de 20 DA est apposé sur chaque document.
Déroulement.
- Inscription sur la plateforme tasdik.poste.dz : renseignement du formulaire électronique, acceptation des conditions générales, choix du bureau de dépôt.
- Impression du bordereau de versement (disponible en arabe et en français), du bordereau d’expédition et du reçu de dépôt, en double exemplaire.
- Dépôt du dossier dans un établissement postal situé au chef-lieu de daïra.
- Suivi de l’avancement via le système de traçabilité Tracemail (aptracking.poste.dz), qui notifie la réception au ministère puis la mise à disposition.
- Retrait au bureau de poste de dépôt.
Le coût de la légalisation reste de 20 DA par document, hors frais postaux.
5. Le dépôt en présentiel
Le dépôt direct auprès du service de l’état civil du ministère des Affaires étrangères reste possible, sur présentation des documents préalablement légalisés et d’un timbre de 20 DA par pièce. Trois annexes régionales reçoivent également les demandes :
| Annexe | Adresse |
|---|---|
| Constantine | 06, rue Zighoud Youcef |
| Oran | Route nationale 04, Cité Djamel |
| Ouargla | Rue Rouabah Abderrahmane |
6. Les documents étrangers produits en Algérie
La convention s’applique dans les deux sens. Un acte public émis dans un État partie et destiné à être produit en Algérie statuts d’une société mère, procuration d’un associé non-résident, certificat d’immatriculation, acte de cession de parts, titre de propriété intellectuelle est recevable sous couvert d’une apostille délivrée par le pays d’origine, sans légalisation consulaire.
La simplification est substantielle pour la création de filiales, les opérations de partenariat et les dossiers d’importation. Les actes provenant d’un État non partie restent soumis à la légalisation consulaire.
7. Application aux documents d’entreprise
| Document | Légalisation préalable | Procédure internationale | Coût du timbre |
|---|---|---|---|
| Statuts notariés | Ministère de la Justice | Apostille | 1 500 DA |
| Procuration notariée | Ministère de la Justice | Apostille | 1 500 DA |
| Casier judiciaire du gérant | Ministère de la Justice | Apostille | 1 500 DA |
| Diplôme universitaire | Enseignement supérieur | Apostille | 1 500 DA |
| Acte de naissance, certificat de résidence | Intérieur / Collectivités locales | Apostille | 1 500 DA |
| Extrait du registre de commerce | CNRC / Ministère du Commerce | Légalisation classique (T@SDIK) | 20 DA |
| Extrait de rôle, attestation fiscale | DGI / Ministère des Finances | Légalisation classique (T@SDIK) | 20 DA |
| Attestation CNAS / CASNOS | Organisme émetteur | Légalisation classique (T@SDIK) | 20 DA |
| Facture commerciale, certificat d’origine | Chambre de commerce et d’industrie | Visa de la CCI, puis selon exigence de l’acheteur | Tarif CCI |
À titre indicatif, la Chambre de commerce et d’industrie d’Alger applique un tarif de 1 500 DA pour ses adhérents et 3 000 DA pour les non-adhérents au visa des documents commerciaux courants (registre de commerce, facture, contrat), les attestations établies sur papier en-tête de la chambre étant tarifées plus haut. Ces montants varient selon la chambre de rattachement.
8. Points de vigilance
La légalisation préalable. Ni l’apostille ni T@SDIK ne se substituent à l’authentification par l’administration émettrice. Son absence constitue le premier motif de rejet.
L’intégrité de la vignette. Toute mention portée sur le certificat d’apostille, comme le retrait de la bande adhésive, le rend inexploitable et impose de repayer le droit de timbre.
La traduction. La plupart des administrations étrangères exigent une traduction par traducteur officiel agréé. Elle doit être établie après l’obtention de l’apostille, afin de couvrir également le certificat. Il convient de vérifier si le pays destinataire exige que la traduction soit elle-même légalisée ou apostillée.
Les actes sous seing privé. Un document signé par le gérant ne peut être apostillé en l’état. Il doit d’abord être authentifié, par acte notarié notamment : c’est alors la signature du notaire, relevant du ministère de la Justice, qui fait l’objet de l’apostille.
L’exigence réelle du destinataire. Certains organismes réclament l’original apostillé, d’autres acceptent une copie certifiée. Une confirmation écrite obtenue en amont évite un second cycle de procédure.
Les délais. Aucun délai réglementaire n’est publié. La dématérialisation de l’apostille raccourcit nettement le circuit par rapport à l’ancienne chaîne consulaire ; pour T@SDIK, la durée dépend de l’acheminement postal et du traitement au ministère, suivis via Tracemail. Les dossiers liés à une échéance d’appel d’offres ou de crédit documentaire doivent être engagés avec une marge confortable.
9. Questions fréquentes
L’apostille dispense-t-elle du visa consulaire du pays destinataire ? Oui, pour les États parties à la convention n’ayant pas émis d’objection à l’adhésion de l’Algérie. Aucun passage par une représentation diplomatique n’est requis.
L’apostille a-t-elle une durée de validité ? Le certificat n’expire pas. Le document sous-jacent conserve en revanche sa propre validité : un casier judiciaire ou un extrait de rôle sont généralement exigés récents.
Un document ancien peut-il être apostillé ? Oui, dès lors qu’il est authentique, lisible et légalisé par l’autorité compétente.
Le dossier peut-il être déposé par un tiers ? La demande d’apostille s’effectue en ligne à partir du numéro d’identification national du demandeur. Pour le dépôt physique, en poste ou au ministère, il convient de se renseigner auprès du guichet sur les conditions de représentation.
Conclusion
L’entrée en vigueur de l’apostille lève un obstacle ancien pour les entreprises algériennes exportatrices, en partenariat ou candidates à des marchés internationaux. L’essentiel du travail consiste désormais à qualifier correctement chaque pièce apostille à 1 500 DA ou légalisation classique à 20 DA et à ne pas omettre l’étape de légalisation préalable.
La qualité du dossier reste néanmoins conditionnée en amont par la tenue des documents de l’entreprise : facturation conforme, pièces comptables à jour, archivage permettant de produire rapidement l’original demandé. Fatoura couvre cette base au quotidien, afin que la constitution d’un dossier international se limite à une démarche administrative et non à une reconstitution documentaire.
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Un dossier de légalisation se prépare en amont. Facture commerciale conforme, extraits à jour, pièces comptables retrouvables en quelques secondes : c’est cette base qui détermine si la constitution d’un dossier destiné à un partenaire, une banque ou un appel d’offres étranger prend deux jours ou trois semaines.
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