camilia ahbab
juillet 8, 2026
Le paiement à la livraison (Cash on Delivery, COD) est devenu le mode de règlement dominant du e-commerce algérien. Selon les acteurs du secteur, près de 95% des achats en ligne sont encore réglés en espèces à la livraison, une réalité qui complique la logistique mais aussi la comptabilité des e-commerçants. Voici comment traiter ce flux
Qu’est-ce que le paiement à la livraison ?
Le COD est un mode de paiement où le client règle en espèces (parfois par carte sur TPE mobile) au moment où il reçoit son colis, et non au moment de la commande. En Algérie, ce système s’est imposé car une grande partie du e-commerce se déroule sur des plateformes informelles comme les réseaux sociaux ou les applications de messagerie, avec un paiement en main-à-main à la livraison.
Particularités du modèle algérien :
- Commandes prises via Facebook, Instagram ou WhatsApp, sans véritable panier en ligne
- Livraison sous-traitée à des transporteurs spécialisés (Yalidine, ZR Express, Guepex, Algérie Poste colis)
- Le transporteur encaisse l’argent pour le compte du vendeur, puis le lui reverse périodiquement
- Taux de retour ou de refus élevé : entre 20 et 40% selon les catégories, souvent lié au COD
Cadre légal applicable
Le COD est explicitement reconnu comme mode de paiement par la loi e-commerce algérienne : le paiement des transactions commerciales électroniques s’effectue, à distance ou à la livraison du produit, par les moyens de paiement autorisés conformément à la législation en vigueur.
Loi n°18-05 du 10 mai 2018 impose plusieurs obligations utiles à connaître pour la comptabilisation :
- Facturation obligatoire : toute vente de produit ou prestation de service par voie électronique donne lieu à l’établissement d’une facture remise au e-consommateur.
- Droit de rétractation logistique : en cas de non-respect des délais de livraison, le client peut réexpédier le produit sous 4 jours ouvrables, et le e-fournisseur doit alors restituer le montant payé dans un délai de 15 jours.
- Interdiction de facturer un produit non commandé : si le e-fournisseur livre un produit non commandé, il ne peut en exiger le paiement.
À noter : le régime de TVA applicable au e-commerce a évolué dans le temps (taux réduit de 9% introduit puis remis en cause selon les lois de finances successives). Le taux applicable dépend avant tout de la nature du bien vendu au sens de l’article 23 du Code des taxes sur le chiffre d’affaires il est donc recommandé de vérifier le taux propre à votre catégorie de produits plutôt que de se fier à une règle générale “e-commerce = 9%”.

Le cycle comptable du COD:
Le COD pose un problème classique : la sortie physique de la marchandise et l’encaissement de la trésorerie n’ont pas lieu en même temps, et la vente n’est définitivement acquise qu’à la livraison effective (le colis peut être refusé). Il faut donc distinguer trois étapes :
1. Expédition vers le transporteur : la marchandise quitte le stock mais n’est pas encore vendue (le client peut refuser)
2. Livraison et encaissement par le transporteur : la vente est constatée, mais l’argent est encore chez le transporteur
3. Reversement des fonds par le transporteur : l’entreprise reçoit la trésorerie, nette de sa commission.
| Étape | Ce qui se passe sur le terrain | Ce qu’il faut constater en comptabilité | Pourquoi c’est important |
|---|---|---|---|
| 1. Expédition vers le transporteur | Le colis quitte l’entrepôt et part chez Yalidine, ZR Express ou Guepex. Le client n’a encore rien reçu ni payé il peut encore refuser. | La marchandise sort du stock physique et bascule dans une catégorie de stock dédiée aux marchandises en transit. Aucune vente n’est encore enregistrée. | Tant que la livraison n’est pas confirmée, la vente n’est pas certaine. Comptabiliser un chiffre d’affaires à ce stade reviendrait à enregistrer une vente qui n’existe peut-être pas encore. |
| 2. Livraison acceptée et encaissement par le transporteur | Le client réceptionne le colis et paie en espèces au livreur. L’argent est entre les mains du transporteur, pas encore dans la trésorerie de l’entreprise. | On constate la vente définitive (chiffre d’affaires et TVA collectée), et on inscrit la somme due par le transporteur comme une créance temporaire envers un tiers. Le coût d’achat de la marchandise sort définitivement du stock. | C’est le moment légal et économique où la propriété est transférée la loi impose même un accusé de réception à cet instant précis. C’est le seul moment où la vente est mesurable et certaine. |
| 3. Reversement des fonds par le transporteur | Le transporteur regroupe les sommes collectées sur une période (souvent hebdomadaire) et les reverse à l’entreprise, après déduction de sa commission de livraison. | La trésorerie de l’entreprise augmente du montant net reçu. La commission du transporteur est enregistrée en charge. La créance temporaire envers le transporteur est ramenée à zéro. | Cela permet de vérifier que la totalité de l’argent collecté par le transporteur a bien été reversée, et de suivre le coût réel de chaque livraison. |
Le cas du colis refusé ou retourné
Avec un taux de refus pouvant atteindre 20 à 40% selon les catégories de produits, ce cas n’est pas marginal il doit être traité avec rigueur.
- Si le refus intervient avant constatation de la vente (étape 2 non encore comptabilisée) : il suffit de réintégrer la marchandise en stock (contre-passation de l’écriture d’étape 1), sans aucun impact sur le compte de résultat.
- Si la vente avait déjà été comptabilisée (étape 2 passée par erreur ou par anticipation) : il faut émettre un avoir, annuler le produit et la TVA collectée, et réintégrer le coût d’achat en stock.
- Frais de retour à la charge du vendeur (souvent une seconde course facturée par le transporteur): à comptabiliser en charge, par exemple au compte Charges diverses de gestion courante, ou en complément du compte transports de biens et transports collectifs du personnel si le contrat le prévoit ainsi.
Frais de livraison et commission du transporteur
Deux flux sont à distinguer et à ne pas confondre :
- Frais de livraison facturés au client : s’ils sont intégrés au prix de vente affiché, ils transitent par le compte Ventes de marchandises, s’ils apparaissent séparément sur la facture, ils peuvent être comptabilisés en produit accessoire selon la politique de présentation choisie.
- Commission du transporteur pour l’encaissement et la livraison : c’est une charge d’exploitation pour l’entreprise, à comptabiliser au compte Transports de biens et transports collectifs du personnel ou compte Rémunérations d’intermédiaires et honoraires , selon la nomenclature retenue par l’entreprise l’essentiel est la cohérence dans le temps.
En résumé
Le COD restera la norme du e-commerce algérien tant que la confiance dans le paiement électronique ne sera pas pleinement installée. Une comptabilisation rigoureuse avec un compte transitoire dédié et un rapprochement systématique des relevés transporteurs évite les écarts de trésorerie et donne une image fidèle du chiffre d’affaires réellement encaissé.
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