camilia ahbab
novembre 10, 2025
Créer une entreprise en Algérie passe presque toujours par la conclusion d’un contrat de société. Ce pacte fondateur, régi par le Code de commerce, est bien plus qu’une simple formalité administrative. Il définit les règles du jeu entre les associés et structure la vie de l’entreprise, de sa naissance à sa dissolution. Dans ce guide, nous décortiquons pour vous les éléments essentiels du contrat de société.
Définition et création : Le fondement juridique
Une société est avant tout un contrat. Par ce dernier, deux ou plusieurs personnes conviennent d’affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie (leur travail) dans l’intérêt de tous et en vue de partager les bénéfices ou de bénéficier de l’économie qui pourra en résulter.
Dès sa création, la société acquiert la personnalité morale. Cela signifie qu’elle devient une entité juridique distincte des associés qui la composent, pouvant posséder un patrimoine, ester en justice et contracter en son propre nom. Cependant, cette personnalité morale n’est opposable aux tiers qu’après l’accomplissement des formalités de publicité légale, notamment l’immatriculationau registre du commerce selon les procédures officielles du CNRC

Pour être valable, le contrat de société doit être établi par acte authentique (devant notaire) sous peine de nullité. Cet acte, ce sont les statuts, le document constitutionnel qui va régir le fonctionnement de la société.
Le cœur du contrat : Les apports
Sans apports, il n’y a pas de société. Les apports constituent la contribution de chaque associé au capital commun et déterminent souvent l’étendue de leurs droits. Ils sont présumés de valeur égale, sauf convention contraire.
On distingue plusieurs types d’apports :
- L’apport en numéraire (argent) : L’associé qui s’engage à verser une somme d’argent et ne l’exécute pas est tenu à réparation envers la société et les autres associés.
- L’apport en nature (biens) : Il peut s’agir d’un immeuble, d’un fonds de commerce, d’un brevet, etc. Pour le transfert de propriété, les règles du contrat de vente s’appliquent. Si l’associé ne concède que la jouissance du bien, ce sont alors les règles du bail qui s’appliqueront.
- L’apport en industrie (travail et compétences) : L’associé s’engage à mettre son savoir-faire ou son travail au service de la société. Il doit exécuter les services promis et reverser à la société les gains qui en découlent.
- L’apport de créances : L’associé qui apporte une créance (une somme due par un tiers) en garantit le recouvrement. Si la créance n’est pas payée, il en est responsable.
Il est important de noter que la simple influence personnelle ou un réseau de relations ne peut être considéré comme un apport en société.
Les statuts juridiques : choisir la forme de sa société
Le contrat de société peut prendre plusieurs formes, chacune adaptée à des besoins spécifiques. Voici les principaux statuts juridiques régis par le Code de commerce algérien:
- 1. La Société à Responsabilité Limitée (SARL)
Idéale pour les petites et moyennes entreprises, la SARL offre une responsabilité limitée aux apports des associés. Son capital est divisé en parts sociales. La cession de parts à un tiers est soumise à l’agrément des autres associés. - 2. La Société par Actions (SPA)
Conçue pour les projets de plus grande envergure, la SPA permet de mobiliser des capitaux importants via l’émission d’actions. Elle peut adopter deux structures de gouvernance : un système classique avec un Conseil d’Administration et un PDG, ou un système dualiste avec un Directoire et un Conseil de Surveillance. - 3. La Société en nom collectif (SNC)
Dans cette forme de société, tous les associés ont la qualité de commerçant et sont responsables indéfiniment et solidairement des dettes sociales. C’est une structure basée sur la confiance mutuelle et l’intuitu personae. - 4. La société en commandite
Elle se décline en deux formes :- La Commandite simple : Elle réunit deux types d’associés : des commandités (gérants, responsabilité illimitée) et des commanditaires (bailleurs de fonds, responsabilité limitée).
- La commandite par actions : Similaire dans son principe, mais son capital est divisé en actions, combinant ainsi des caractéristiques de la SPA et de la commandite.

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La transformation de la société
Le contrat de société n’est pas figé. Une société peut changer de forme juridique sans devoir être dissoute. Cette transformation (par exemple, passer d’une SARL à une SPA) permet à l’entreprise de s’adapter à son développement sans interrompre son activité ni perdre sa personnalité morale. Les droits des créanciers sont préservés durant cette opération.
En conclusion, le contrat de société est l’acte de naissance d’une personne morale. Sa rédaction, sous forme de statuts, ne doit pas être prise à la légère, car elle engage l’avenir de l’entreprise et les relations entre les associés. Une compréhension claire de ses composantes de la nature des apports aux modalités de dissolution est essentielle pour tout entrepreneur ou investisseur.
L’objectif final : répartition des bénéfices et pertes
Le partage des fruits de l’entreprise est un élément central du contrat. À défaut de clause spécifique dans les statuts, la participation de chaque associé aux bénéfices (pour les gains) et aux pertes (en cas de déficit) est proportionnelle à sa part dans le capital social.
La loi encadre strictement ce partage :
- Toute clause, dite léonine, qui exclurait un associé à la fois des bénéfices et des pertes est réputée nulle.
- Une exception existe pour l’apporteur en industrie : il peut être exempté de participer aux pertes, à la condition expresse qu’il ne reçoive pas non plus de rémunération distincte pour son activité au sein de la société.
La fin du pacte de contrat de société
Comme tout contrat, la société a une fin. Le contrat de société prend fin pour diverses raisons énoncées par la loi, notamment :
- L’arrivée du terme fixé dans les statuts.
- La réalisation ou l’extinction de son objet social.
- La perte totale du capital social.
- Le décès, l’interdiction ou la faillite d’un associé (selon le type de société).
- Une décision de retrait acceptée ou une décision unanime des associés.
Il est important de savoir que si les associés continuent l’activité au-delà du terme prévu, une reconduction tacite de la société est présumée. De plus, un associé peut demander au tribunal de prononcer la dissolution pour justes motifs, par exemple en cas d’inexécution grave des engagements par un autre associé.
La liquidation
Une fois la dissolution prononcée, la société entre en période de liquidation. Cette phase cruciale a pour but de clôturer les affaires de la société.
- Les pouvoirs des administrateurs ou gérants cessent et sont transférés à un liquidateur, nommé par les associés ou, à défaut, par le juge.
- Le liquidateur a pour mission de réaliser l’actif (vendre les biens), apurer le passif (payer les dettes) et répartir le solde (le boni de liquidation) entre les associés.
- L’ordre de répartition est strict :
- D’abord, le remboursement du montant des apports.
- Ensuite, le surplus est réparti entre les associés proportionnellement à leurs droits dans les bénéfices.
- Une fois cette opération terminée, le partage final est effectué selon les règles du code civil applicables aux indivisions.
En définitive, le contrat de société représente bien plus qu’un simple formalisme administratif. Il constitue le socle juridique qui régit les relations entre associés et structure le développement de l’entreprise. De sa création à sa dissolution, en passant par le choix crucial de sa forme juridique, chaque étape doit être mûrement réfléchie. Ainsi, une compréhension approfondie de ces mécanismes, couplée à une rédaction minutieuse des statuts, s’avère indispensable pour garantir la pérennité de votre entreprise et sécuriser vos investissements dans le paysage économique algérien.
